10/03/2017
LETTRE OUVERTE DE LA PRESSE UNIVERSITAIRE AU PRESIDENT PATRICE TALON
Monsieur le Président de la République,
Aujourd’hui, notre seul pessimisme est fondé sur la certitude que si les institutions estudiantines à caractère éducatif disparaissent, l’avenir de la jeunesse en sera gravement affecté. 27 ans après la Conférence des forces vives de la nation de février 1990, moment historique où notre pays a amorcé le chemin de la démocratie libérale, nous n’avons jamais pensé qu’un jour, nos voies d’expression seront coupées et réduites à néant. Notre démarche n’est aucunement de vous jeter la pierre, mais de tirer la sonnette d’alarme afin que l’histoire ne retienne pas que sous votre mandat, les institutions à caractère éducatif de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) ont trouvé la mort. Car depuis que nous avons été informés urbi et orbi du décret portant suspension des activités des organisations et associations estudiantines faîtières dans nos universités, les institutions spécialisées en général et la presse universitaire en particulier (Le Héraut, Le Révélateur, Radio Univers), précurseur du renouveau démocratique au Bénin, est envoyée à la guillotine. A notre grand étonnement.
Couper les ressources financières d’une institution à caractère éducatif pendant 8 mois, c’est l’immoler tout simplement ; et c’est ce à quoi sont confrontées aujourd’hui la presse universitaire et toutes les autres institutions spécialisées (IS) de l’Uac. D’après les explications apportées par votre gouvernement quant aux fondements de cette décision de suspension d’activités, nous pouvons comprendre qu’elle vise entre autres à réorganiser les institutions à caractère syndical dans nos universités. Mais aujourd’hui, tout porte à croire que le blocage des subventions allouées aux Institutions spécialisées (qui n’ont rien de syndical) par le Centre des œuvres universitaires et sociales d’Abomey-Calavi (Cous-Ac) se fonde sur l’application de ce décret.
En réalité, ces subventions permettent aux IS d’organiser des séminaires de formation en journalisme audiovisuel, des évènements d’intérêt public (séances d’orientation professionnelle, d’éducation à la citoyenneté, de promotion de la gent féminine, de promotion de la paix et du développement durable, etc.) d’acquérir des matériels de formation... A travers le travail qu’elles font, les IS contribuent efficacement, non seulement à la formation des étudiants, à la réduction du taux de chômage des jeunes diplômés, mais aussi à leur socialisation. L’exemple du journal universitaire « Le Héraut » est bien évocateur de la responsabilité sociale des IS. Créée en novembre 1988, c’est une institution qui a durement œuvré pour l’avènement de la démocratie au Bénin. Elle a formé et continue de former depuis 29 ans les acteurs les plus remarquables de la vie publique sur l’échiquier national et international. Nombre de ces hommes et femmes, produits des institutions estudiantines, et par ricochet fruits de la liberté d’expression et d’association, de l’éducation civique et de l’engagement de la jeunesse militante ont, non seulement œuvré pour votre avènement, mais travaillent aussi aujourd’hui à vos côtés, dans le gouvernement, au parlement, à la Présidence de la République, dans les ministères. Ils constituent aussi vos bras armés à la tête des mairies ou vos ardents défenseurs dans les médias… Vous le savez bien.
Monsieur le Président de la République,
Vous convenez donc avec nous que la disparition de ces IS ne sera pas sans incidences. Cela va créer sans nul doute un vide que notre système éducatif actuel n’est pas en mesure de combler, et c’est sans perdre de vue que ce sont les jeunes qui souhaitent sortir des sentiers battus, qui ont besoin maintenant plus que jamais de franchir le cap des notions théoriques dispensées dans nos amphithéâtres à coup de polycopies, qui seront les grands perdants si cette situation perdure.
C’est donc, dans cet environnement de déconfiture et d’indignation que nous vous adressons cette lettre ouverte ; ouverte parce qu’autrement nous doutons que vous puissiez la lire un jour ; ouverte parce que nous espérons que ses échos parviennent un jour à vos oreilles.
Au nom de la patrie, au nom de l’avenir de la jeunesse et au nom des convictions qui nous animent et que vous partagez, nous sommes certains que vous ne resterez pas insensible à notre alerte en tant que garant des libertés et garant des droits sociaux et économiques du peuple béninois et de sa jeunesse. Et nous espérons que les subventions suspendues aux organes de la presse universitaire et aux autres IS vont être rétablies sous peu pour que les formations para-académiques aient à nouveau droit de cité à l’université.
Recevez, Monsieur le Président, l’expression de notre profonde considération.
Abomey-Calavi, le 6 février 2017
Directeur de Publication, Le Héraut
A. Koudous AYAH
Directeur de Publication, Le Révélateur
Boris S. AKABASSI
NB : La version officielle de cette lettre ouverte est publiée sur le site web du journal Le Héraut : www.leherautbenin.info
Monsieur le Président de la République, Aujourd’hui, notre seul pessimisme est fondé sur la certitude que si les institutions estudiantines à caractère éducatif disparaissent, l’avenir de la jeunesse en sera gravement affecté. 27 ans après la Conférence des forces vives de la nation de février 1990,...